"J'en ai juste marre" : pourquoi Lifecoach arrête Hearthstone

Posté par Odrel , DjinnTonic


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Samedi soir, l'un des joueurs les plus respectés de la scène compétitive de Hearthstone a annoncé qu'il ne participerait plus au Hearthstone Championship Tour, le circuit compétitif de Blizzard. Dans une vidéo dans laquelle il exprime sa vision de l'état actuel du jeu, Lifecoach a aussi indiqué qu'il resterait à l'écart du ladder et de la majorité des compétitions à l'avenir.

"Vous ne me verrez plus jamais parler de Hearthstone après ce jour, parce que j'en ai juste marre" déclare le joueur de l'équipe G2 qui accuse Blizzard de ne pas se préoccuper de la scène compétitive du jeu et de développer le jeu pour minimiser l'impact du skill du joueur.

La vidéo a été largement partagée sur les réseaux sociaux mais l'annonce vaut le coup de s'arrêter un moment pour comprendre les enjeux sans en exagérer les impacts.

Qui est Lifecoach ?

Adrian "Lifecoach" Koy est un ancien joueur de poker, et un joueur compétitif de Hearthstone depuis 2014. Début 2015, après s'être plusieurs fois illustré dans des invitationals ou des compétitions telles que la Dreamhack, Lifecoach rejoint Nihilum avec Thijs Molendijk, Dima "Rdu" Radu et Jakub "Lothar" Szygulsk. Le roster qui part quelques mois plus tard chez G2 est largement considéré comme la meilleure équipe du monde.


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Streamer populaire, Lifecoach est réputé pour ses capacités d'analyse, et pour utiliser la durée totale de chacun de ses tours. En octobre dernier, il a proposé à Blizzard de les assister dans la création d'une nouvelle extension et la résolution des problèmes compétitifs du jeu et a ensuite passé une semaine avec les développeurs.

Que reproche-t-il au jeu ?

En tant que joueur compétitif, Lifecoach est surtout préoccupé par l'importance des compétences du joueur dans l'issue de la partie.

Son argument n'est pas qu'Hearthstone est un jeu dans lequel le skill n'a pas d'importance mais qu'il le devient. Il reproche ainsi aux développeurs d'avoir nerfé les cartes et archétypes complexes, prenant pour exemple le deck Client sinistre qui avait un très haut taux de victoires entre les mains de certains mais des performances très moyennes lorsqu'il était joué par la majorité des joueurs.

Si Lifecoach décide aujourd'hui de partir c'est parce qu'il est convaincu que cette tendance visant à récompenser de moins en moins le skill est là pour rester, car les développeurs sont "soit incapables de changer cela, ou ne souhaitent pas le faire".

Pourquoi la décision d'un joueur serait importante ?

Il ne faut bien sûr pas exagérer l'importance de cette annonce, n'en déplaise aux commentateurs qui prédisent un "exode massif" du jeu, Hearthstone dont le nombre de joueurs actifs était en croissance en 2016 a encore de beaux jours devant lui.

Il ne s'agit ici que de la décision d'un joueur, et si celle-ci est plutôt extrême, on sait que la communauté et particulièrement les joueurs pros tendent à manifester leur mécontentement lorsque la méta stagne avant l'annonce d'un nouveau contenu.

Pour autant, la possibilité que Lifecoach ait eu accès à des informations encore non annoncées grâce à sa collaboration avec Blizzard avant de prendre sa décision est préoccupante. Lifecoach a indiqué ne pas pouvoir s'exprimer sur le sujet lorsque nous lui avons demandé un commentaire.

La thèse d'Adrien Koy qu'Hearthstone s'éloigne inexorablement de son aspect compétitif a du mérite, mais où pourraient se diriger les joueurs compétitifs dans un monde où Hearthstone n'a pas vraiment de compétition d'envergure. Lifecoach a lui jeté son dévolu sur Gwent.

Vidéo et retranscription


Le contenu commence à 3:50.



Lifecoach : [parlant du jeu Gwent] J'ai enfin de sentiment de jouer à quelque chose de compétitif. Ce que veux dire, c'est que si vous perdez une partie à Gwent, vous savez exactement pour quelle raison vous avez perdu, ce qui peut être vrai pour Hearthstone. Mais ce que veux dire, c'est que non seulement vous savez pourquoi vous avez perdu, mais également que c'est généralement dû à vos erreurs.

Parce qu'en général, vous ne perdez pas beaucoup de parties si vous jouez parfaitement... ce qui est presque impossible. Les parties que vous perdez sont celles où vous vous plantez, où vous faites des erreurs, ce qui n'est définitivement pas le cas lors d'une partie d'Hearthstone.

Actuellement, sur Hearthstone, vous pouvez très bien jouer et perdre énormément de parties ou mal jouer et gagner beaucoup de parties. Sur Gwent, vous pouvez gagner 90% de vos parties, mais [si vous possédez le même skill] sur Hearthstone, 60%. La chose la plus drôle est que si vous jouez extrêmement bien, vous pourrez parvenir à 65%. Et si vous jouez extrêmement mal à Hearthstone aujourd'hui, cela n'a pas d'importance, vous aurez toujours 50-55%. Je ne plaisante même pas ici, n'est-ce pas ?

Vous pouvez jouer comme un nul et toujours avoir 50% [de parties gagnées]. La manière dont vous y arrivez n'a même pas d'importance, c'est comme jouer à pile ou face avec un peu de stratégie. Peut-être que vous pourrez tourner un peu la pièce pour qu'elle vole dans les airs avec un certain angle et ainsi avoir 10% de chances supplémentaires de tomber sur pile ou face.

Les effets de hasard n'aident pas, les cartes avec des effets binaires très puissants n'aident pas non plus : Kazakus, Patches et autres... Le fait que certaines cartes sont si fortes qu'elles se retrouvent dans chaque foutu deck également. [Où est la] Complexité ?

SuperJJ : C'est le nom de mon équipe [ndr : SuperJJ est un joueur de la team Complexity].

Lifecoach : Le seul moment où ce jeu inclut de la complexité, c'est quand Complexity joue.

SuperJJ : (rires) Elle était pas mal celle-là.

Lifecoach : Ils [ndr : la Team 5] ont supprimé toutes les mécaniques intéressantes du jeu. Je me demande quelle sera la suite. Ils ont annoncé publiquement qu'il souhaitaient se débarrasser de la Charge. Qu'ils voulaient se débarrasser des dégâts directs. Qu'ils voulaient se débarrasser des combos.

SuperJJ : (rires) Ils peuvent juste se débarrasser du jeu.

Lifecoach : Ils veulent se débarrasser des decks OTK spécifiquement, mais aussi des combos basées sur le Gel. Ils veulent retirer toutes les cartes pouvant créer des combos soit trop spectaculaires, soit trop puissantes. Ils ont nerfé toutes les cartes avec des effets intéressants : Géant de lave, Déluge de lames, l'archétype Client sinistre... Quand quelque chose a un effet autre que des statistiques [de serviteurs], on le retire du jeu.

Qu'est ce que je suis en train de dire ? Ce que je dis c'est que vous ne me verrez plus jamais parler d'Hearthone à compter d'aujourd'hui, parce que j'en ai juste marre. J'y ai réfléchi et j'ai alors réalisé : cela fait 3 ans qu'ils [ndr: la Team 5] ne font rien pour la scène compétitive, mais tout le contraire. Ils prennent toujours la mauvaise direction et à ce stade il faut se demander si ils ne sont tout simplement pas capables de remédier à cela ou que ce n'est pas dans leurs intentions.

Désormais je joue à Gwent. Et Gwent est un très bon jeu, la scène compétitive est prise au sérieux et l'amusement passe avant tout. [Les développeurs de Gwent] ne disent pas : "Hé, nous essayons un tas de choses pour que le plus simplet soit en mesure de comprendre tous les aspects du jeu". Leur approche est : "OK, notre jeu est complexe et compétitif, mais nous avons également des choses pour les joueurs débutants. Nous avons également des mécaniques plus simples que d'autres, le jeu est également en free-to-play et nous avons des choses sympathiques vous incitant à jouer. Dans le même temps nous n'imposons aucune limitation à votre skill, ce qui veut dire qu'il est normal qu'une personne qui investit 100 heures par semaine dans le jeu ou qu'une personne jouant bien mieux qu'un autre autre, cette même personne puisse battre un joueur occasionnel, y compris en jouant des cartes que son adversaire, plus faible, ne soit en mesure de comprendre".

Le Guerrier Client sinistre serait un excellent exemple, le deck était tellement "mécanique" qu'un excellent joueur pouvait se saisir de ces les mécaniques et ainsi devenir redoutable. D'un autre coté, les statistiques ont montré que les joueurs étaient en dessous de la moyenne, qu'il ne s'agissait même pas du meilleur deck [sur le ladder], en tout cas pas à tous les rangs et la raison de cela était qu'il était nécessaire de posséder un certain degré de compétence pour piloter correctement les mécaniques du Guerrier Client sinistre. Dans le cas contraire, le Guerrier Client sinistre n'était pas fait pour vous. Il était juste bien trop faible.

C'est un très bon exemple qui me fait penser qu'Heathstone n'a pas d'avenir, du moins...

SuperJJ : Compétitivement.

Lifecoach : ...compétitivement. J'espère que même si je ne me focalise plus sur Hearthstone, vous appréciez toujours de nous voir jouer autre chose. [...]

Vous ne me verrez plus en Partie classée, à moins que la durée des parties dépasse les 5 ou 7 minutes en moyenne. Je n'ai pas le temps pour ce genre de choses. Je veux relever des défis, des confrontations mentales. Je veux pouvoir m'améliorer, quelque soit le sujet, s'il me passionne ou que je l'apprécie, j'aimerais devenir meilleur. Si un partie ne me donne pas un défi à relever, cela me rend triste.

Ce n'est pas pour moi, si un jeu n'est pas compétitif il devient ennuyeux, et je suis très heureux que nous ayons trouvé quelque chose [ndr : Gwent]. Non seulement il s'agit d'un jeu très complexe mais il est également très gratifiant, ce qui signifie que les erreurs sont punies et les bonnes actions récompensées.

L'auteur :

Odrel

Rédacteur en chef à tendances tyranniques et à intérêts variables. Propulsé par une quantité obscène de caféine et de sucre.

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